Andrée Gillion

Madame Andrée Gillion en 2017
Madame Andrée Gillion en 2017

Je suis née ici – à Gometz – le 26 mars 1919
Mes parents et mes Grands Parents Lacheny aussi !

Madame Andrée Gillion
Madame Andrée Gillion

Entretien avec Madame Andrée Gillion le 2 février 2017 par Claire, Dominique avec l’appui de Martine Debiesse, écrivain biographe, auteure, entre autres ouvrages, de  » Terres Précieuses  » sur la vie agricole du plateau de Saclay, qui a bien voulu nous initier au métier d’intervieweur à cette occasion.

Le bistrot

Andrée Gillion devant le bistrot

Je me souviens des lieux… du bistrot… de la petite porte par laquelle on accédait à la salle de billard…
Maman l’a ouvert (le bistrot) après son mariage au début du siècle. Les fermiers livraient de la paille et du fourrage à Paris et se donnaient rendez-vous, parfois la nuit, pour boire un coup, se réchauffer l’hiver ou se rafraîchir l’été… et continuaient leur route.


Avant la première guerre mondiale, il y avait plusieurs bistrots à Gometz chez Lacheny, chez Bara, chez Pascal, à la Vacheresse, surtout pendant la période de battage dans les fermes. La moisson se faisait en juillet, la faucheuse lieuse coupait les céréales et les liaient en gerbes. Elles étaient redressées pour mûrir en « diziaux » pendant plusieurs semaines puis engrangées.

Durant l’hiver des « gars de batterie » suivaient une batteuse de ferme en ferme. Ils louaient leurs services à un entrepreneur agricole pour séparer mécaniquement les grains de la paille. C’est un cheval qui faisait parfois fonctionner la machine grâce à un tapis qu’il actionnait en marchant d’où son nom « trépigneuse », puis les moteurs ont remplacé les chevaux ….

Trepigneuse
Trépigneuse – image issue de « Patrimoine et musées ruraux »

Les ouvriers mettaient les différentes céréales en sacs de cent kilos. Il fallait les monter dans les greniers afin de les conserver pour les semis à venir, pour la nourriture des bêtes ou pour la vente. Chaque cultivateur devait se débrouiller pour vendre sa récolte aux plus offrants.

Ces travaux étaient très physiques et employaient des travailleurs de force qui aimaient bien manger et boire pour tenir la cadence. L’argent des gars de Batterie avait autant de valeur que celui des autres habitants. Le soir, ils aimaient se retrouver au bistrot où il y avait souvent un billard.

C’était la distraction favorite après le travail, on se retrouvait au bistrot et on faisait une partie : il n’y avait pas la télé à cette époque !


C’était la distraction favorite après le travail, on se retrouvait au bistrot et on faisait une partie : il n’y avait pas la télé à cette époque !

Mon Père était Marchand de foin avant ma naissance et il faisait la culture sur 18 à 20 hectares et ma Mère tenait le bistrot sur la route de Chartres.

C’était une petite ferme avec ses dépendances ; on cultivait des betteraves pour les trois chevaux et quelques vaches.

Mes Parents avaient longtemps gardé le plus vieux cheval, que j’aimais conduire. On produisait des haricots, des légumes secs et toute sorte de fruits et légumes de la région, choux, pommes de terre, fraises…

Je suis allée à l’école de l’âge 5 à 13 ans, dans la classe unique de Mademoiselle Calmes qui s’est ensuite mariée avec Monsieur Giot.

L’école se situait dans une partie de la Mairie actuelle. A mon époque les tilleuls de la cour existaient déjà ! Les enfants s’entendaient tous très bien, surtout pour les petites bêtises !

Comme  » Je ne suis pas douée, j’ai quitté les bancs de l’école à 13 ans pour le travail des champs ».

Le village et les hameaux comptait environ 280 habitants. Il y avait six hameaux : la Gruerie, la Folie Rigault, la Guépinerie, Ragonant, laVacheresse, Mauregard et des fermes Isolées : Ragonant, la Feuillarde, le Taillis Bourdrie, la Folie Rigault et Belleville avec son château. Le village vivait essentiellement de l’agriculture !

Il y avait aussi des cantonniers qui nettoyaient les bas côtés à la faux ou à la binette. Ils aimaient le travail soigné et découpaient les bordures au cordeau.

Le garde-champêtre, qui logeait dans l’ancien presbytère, s’occupait surtout de l’ordre dans la commune, de surveiller la bonne application des règles ou informait les citoyens des événements particuliers.

Le garde-chasse était aussi reconnu pour exercer son autorité en période de chasse et préparait la saison suivante en veillant à la reproduction du gibier, il se déplaçait à travers champs à pieds ou à vélo.

Il y avait le garage Tiffère où la famille Pascal a installé par la suite un garage de réparation de vélos.

Le maréchal ferrant fabriquait ou réparait les outils et ferrait principalement les chevaux.

Le charron fabriquait des tombereaux mais surtout les roues de charrette en bois cerclées de fer, les brouettes en bois. Le centre du village était très actif le long de la rue de Chartres, où se situent aujourd’hui (en 2017) le garage et l’agence immobilière.

Je me souviens de l’aménagement de la rue de Chartres, un gros camion répandait du bitume tout chaud sur l’ancienne route et des ouvriers le suivaient pour y jeter du sable : un coup de soleil et ça ne durait pas ! D’ailleurs la rue de Janvry n’était pas recouverte de bitume, c’est ce qui expliquait la poussière après chaque passage !

Enfin les commerçants étaient surtout des colporteurs qui vendaient des tapis, des draps ou des vêtements de maison en maison.

Les médecins habitaient Limours ou Bures ou Gif. On allait leur téléphoner au bistrot chez Pascal. Il fallait demander à une opératrice de nous connecter pour leur demander de passer. Ils se déplaçaient pour les consultations à domicile. Puis on allait acheter les médicaments. Les accouchements se passaient à domicile ou au dispensaire. Les infirmières étaient les bonnes sœurs de Bures qui montaient à vélo faire les piqures ou les soins aux malades.

Le train à Gometz

Il y avait le train à Gometz ! la voie Paris Chartres arrivée vers 1936 très peu de temps avant la guerre. Jamais il n’est allé jusqu’à Paris. Il s’arrêtait à Massy Palaiseau. C’était une ligne unique où  passait, trois fois par jour, une grosse locomotive avec des voyageurs mais surtout des marchandises.

Tellement il y avait de clients… si le chauffeur voyait quelqu’un courir, il arrêtait le train espérant avoir un passager supplémentaire !  Il ne fallait pas être pressé !

Je me souviens de sa construction, pour profiler la ligne il a fallu creuser par endroit en décaissant la terre et combler les déclivités plus loin  ma mère disait qu’elle n’avait jamais vu d’aussi gros engins, des grues et probablement des rouleaux compacteurs, encore rares à cette époque !

Je me souviens de la Gare derrière laquelle s’est installé l’Ingénieur Bertin pour développer son projet d’aérotrain.

Le train transportait des « gadoues » en fait il n’y avait pas de ramassage d’ordures ménagères à l’époque, chaque village avait donc un dépôt d’ordures que l’on appelait « gadoue », stockées dans un trou ou un endroit accessible. C’est ce que les cultivateurs répandaient dans leurs champs, enfin pas les plus riches, bien sûr, qui achetaient  des engrais de meilleure qualité (du fumier)! Il y avait une rampe d’accès sur le quai de la gare pour charger et transporter ces détritus par le train.

Ce sont surtout les Allemands qui ont utilisé le train durant la guerre, pour convoyer leurs militaires et leur matériel.

Je me souviens : gamins, on leur faisait signe de la main quand ils passaient et ils nous répondaient !

Vers la fin la guerre, le viaduc des Fauvettes a été bombardé par les Américains.

La ferme

J’ai toujours habité Gometz sauf durant trois ans, je suis partie après mon mariage à Chatenay Malabry, et quand mes parents sont morts, je suis revenue. Nous avons fait une division de la ferme pour que chacun ait une part.

Le notaire nous avait dit :  je vous félicite de vous être arrangés comme cela, c’est la première fois que je vois cela ! 

Pour la vie locale des épiciers ambulants passaient de maison en maison, le charcutier Coussot de Gometz Le Chatel, deux boulangers nous livraient tous les jours, sauf durant la guerre. Des épiciers prenaient notre commande une semaine et nous la livraient la semaine suivante. Ils étaient bien achalandés et représentaient la marque Félix Potin, en cas de besoin, il y avait l’épicerie « chez Hortense » tenue par la famille Poutrel, dont on voit toujours la devanture à Gometz Le Chatel.

Le plus grand changement qui a amélioré la vie à Gometz a été l’installation du lavoir. Il n’y avait pas l’eau courante partout. La construction du château d’eau n’a eu lieu qu’en 1937. Il y avait des fontaines dans la rue, on se souvient de la dernière devant la mairie qui fonctionnait avec une grande roue. Quand ma mère a pu aller au lavoir, sa vie a changé. C’était un lavoir très bien équipé avec une planche installée sur une crémaillère à chaque extrémité pour suivre le niveau de l’eau. Elle emportait le linge qu’elle avait fait tremper grâce à l’eau du puits sur une charrette tirée par un cheval.

La fête à Gometz

Tous les ans au mois de mai, il y avait La fête à Gometz. Une rotonde était installée (sorte de grande tente en textile) avec des bancs tout autour d’un parquet pour danser ! Un manège de chevaux de bois ou de petits vélos distrayait les enfants. Je me souviens être montée sur un vélo trop petit pour moi et m’être écorchée les genoux en voulant pédaler malgré tout.

Il y avait une belle confiserie, un Tir à la carabine réputé « Henri » qui étaient présents chaque année. Beaucoup de monde se rassemblait à cette occasion, les gens des villages voisins se déplaçaient… et le lundi il n’y avait pas d’école.

Quant au 14 juillet c’est la fanfare de Gometz Le Chatel qui défilait et nous la suivions avec des lampions en papier allumés.

L’exode

La plupart des gens sont partis, ici sur la route de Chartres tout le monde était à touche touche !

Toute la famille Lacheny est partie sauf Eugène qui était Gendarme. En juin 1940, ils avaient chargé rapidement une voiture à quatre roues, attelée de chevaux où étaient suspendues une cage à poules fabriquée à la hâte avec une mue, des caisses pour les dindes et les pintades…

Le village s’est vidé pour quelques jours seulement, car très vite l’armée allemande avait doublé les colonnes de migrants.

Les convois s’arrêtaient dans les fermes pour passer la nuit, c’était la cacophonie. Un soir, quelques-uns voulaient attraper un âne dans un pré pour le faire cuire…

Au bout de trois jours ma famille est rentrée et a retrouvé les quelques bouteilles du bistrot enterrées dans le jardin, de la Suze, du Dubonnet, de l’alcool de Gentiane, du Byrrh cela coûtait cher quand même.

L’occupation allemande

Durant toutes les années d’occupation la vie était plus compliquée, on manquait de tout : il y avait les tickets de rationnement, distribués par le Garde Champêtre, jusqu’en 1949. Cela représentait un approvisionnement très limité pour une famille. Mais à la campagne nous ne manquions de rien, pour manger, en comparaison avec les gens de la ville.

La libération

Le débarquement a eu lieu en juin et l’armée américaine s’est organisée, a libéré la Normandie, les Provinces, puis est montée à Paris. En venant de Chartres, Rambouillet… une partie de la deuxième division blindée : La Division Leclerc est passée à Gometz. Nous étions sur le bord de la route à les accueillir, à les applaudir. Nous étions sidérés par les Forces déployées, le matériel impressionnant … Les Américains nous disaient « Bonjour » et nous lançaient des pochettes de nescafé… Le soir nous étions noirs comme des bougnats à cause de la poussière que cela provoquait.

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