2. L’état civil avant et après la Révolution

Acte de naissance de l'état civil

Dans les archives de la mairie

Gometz la Ville conserve peu de souvenirs du passé : une église simple, mais harmonieuse, le château de Belleville, la belle porte cochère de la maison de Madame DURAND, datée de 1732, avec une curieuse borne gravée d’une croix de Lorraine dans un losange, la maison de la commune à Beaudreville dont la porte en plein cintre est typique des demeures paysannes d’autrefois, les bâtiments de la ferme PESCHEUX, de la ferme de Voisins c’est tout, je crois. Peu de publications : l’étude de l’Abbé LEBEUF, l’intéressante monographie calligraphiée — avec quelle perfection — pour l’exposition de 1900 par l’instituteur d’alors, Monsieur BLONDELET, et deux vers de Charles PÉGUY qui, en route pour Chartres, traverse Gometz la Ville :
« Ce n’est pas une ville, mais un Village au bord d’une route en plateau »

« Gometz la Ville est un village heureux » — ironisait un conservateur des Archives de Versailles en fouillant vainement dans ses fiches — « il n’y a pas d’histoire ». Elle existe pourtant, cette histoire, et on la retrouve en feuilletant les Archives de la Mairie et particulièrement les registres d’Etat-Civil.

C’est François 1er qui avait chargé les curés de tenir état des naissances ; mais ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle qu’apparaissent les premiers cahiers consignant baptêmes, mariages, sépultures, car l’Église n’enregistre que les actes religieux. Et à partir de 1594, les curés de Saint Germain de Gometz ont consigné fidèlement les événements qui rythmaient la vie des paroissiens sur des registres que le doyen de Châteaufort paraphait, lors de ses visites.

Au début, le classement est assez capricieux, l’écriture difficile à déchiffrer — souvent impossible —, mais progressivement l’ordre apparaît, la lecture devient plus facile, et la vie de la Paroisse se déroule au fil des pages. Bergers, « chartiers », manouvriers, laboureurs, s’y trouvent mêlés aux seigneurs : « Noble homme Mathurin de Marle, Seigneur de Ragonant et de La Vacheresse… »
Ce qui frappe, à la lecture, c’est la stabilité de la population ; les mêmes noms reviennent : Buisson, Bigot, Duval, Grosset, Pescheux : un Gabriel Pescheux est parrain en 1612. Des familles disparaissent — les Boisselet, entre autres — qui semblent avoir été importantes : à la fin du XVIIe siècle, trois d’entre eux occupent de grandes fermes : Guillaume Boisselet, laboureur à la Folie, Antoine Boisselet, laboureur à La Vacheresse et Georges Boisselet, laboureur à Belleville. Mais d’autres noms apparaissent : Poluche, Delange, Hamelin, Sébire. Des données démographiques se dégagent : l’importance de la mortalité infantile par exemple — particulièrement chez les tout-petits.. Les années de crise, le nombre des sépultures s’accroît et la liste en est particulièrement longue pendant l’hiver 1709 pour une paroisse qui ne comptait qu’une cinquantaine de feux.

Les métiers

Et que de détails sur la vie locale : à Gometz la Ville, on trouve boulanger, charcutier, aubergiste, tailleur, bourrelier, Charron, maréchal-ferrant, sage-femme et ce qui est moins connu, un tireur de marne et un taupier. Beaucoup d’enfants dont les parents habitent Versailles sont placés en nourrice dans la Paroisse. On en a connaissance, hélas, par les inhumations. Comme cette petite fille d’un boucher de Versailles, en nourrice à la Folie Rigault, et qui est inhumée en présence du maître d’école et du bedeau.

Les coutumes

Les coutumes apparaissent à travers les actes. L’inhumation est très rapide : le lendemain du décès — quelquefois le même jour — comme cette petite fille « née du même jour et décédée après avoir été ondoyée à la maison de la sage-femme ». Des drames surgissent. Un vigneron de Forges âgé de 71 ans, trouvé mort « près de la mare de cette paroisse du jour précédent » est inhumé « après la Visite de messieurs les Officiers du Bailliage du Comté de Limours ». « Un pauvre mendiant », âgé d’environ 16 ans, décédé en la ferme de Voisins chez Louis Courtin, fermier, est inhumé en présence de René Denys Decousu, maître d’école.

Les justices féodales maintiennent leurs prérogatives. Antoine PESCHEUX, fermier des Dames de St Mandé, décède accidentellement sur le chemin de Chevreuse à Coubertin ; c’est le Greffier de la Justice de la Prévôté de Coubertin qui délivre le permis d’inhumer et c’est le curé de St Rémy qui dépose à Gometz le corps d’Antoine PESCHEUX.

Les actes

Les actes de mariage sont minutieusement rédigés. Les jeunes gens, en général de la même paroisse ou des paroisses voisines, sont unis « après la publication des Bans faite aux prosnes des Messes Paroissiales de cette église par trois différents jours de Dimanches consécutifs » « les fiançailles célébrées par nous en cette Eglise du jour d’Hier, ont été par nous, Prêtre, curé de cette Paroisse, mariés ont reçu la Bénédiction Nuptiale après que nous leur avons demandé leur mutuel consentement » Le mariage peut exceptionnellement être célébré dans une chapelle privée. L’Archevêque de Paris délivre alors une dispense : un bel imprimé en latin — qui est inséré dans le registre — c’est le cas pour le mariage de Jean-Claude MACHELARD de la ferme de la Grange aux Moines à Saint Jean de Beauregard et de Marie-Thérèse PESCHEUX, fille de Jean PESCHEUX, fermier de Belleville — mariage qui est célébré dans la chapelle privée de M. GALLOIS en son château de Belleville (26 octobre 1773).

Parfois, un détail retient l’attention : « 2ème jour d’avril 1676, inhumé dans le cimetière, Philippe MESNARD, âgé de 84 ans, berger cy devant à la ferme de la Noue appartenant aux dames religieuses de Gif. Le dit MESNARD demeurant au hameau de La Vacheresse de cette paroisse ».

Les classes sociales

Les classes sociales se mêlent à l’occasion des baptêmes, des mariages : « Dame Anne Boasse de la Brosse, épouse de Messire Dudéré de Graville, Seigneur de Belleville et autres lieux »… est marraine de François PESCHEUX fils de Jean PESCHEUX, son fermier à Belleville et La Vacheresse. La fille de Jean DAVID, manouvrier, a pour parrain « Messire Denis Juvénal Devin de Belleville » et pour marraine « Madame Denise Thérèse Gallois, épouse de Messire Jacques Julien Devin de Fontenay président de la chambre des comptes ». Au mariage de Thomas PELE, cabaretier et Marie YVON, signent un notaire, un conseiller du Roi dans Son Conseil Souverain du « Kanada », un lieutenant d’une compagnie d’infanterie dans le régiment des Vaisseaux, un jardinier, deux manouvriers, un vigneron.

Car les signatures s’affirment plus nombreuses. Depuis le début du XVllle siècle, Gometz a un maître d’école. Monsieur BLONDELET en trouve la trace dès 1726 et il cite l’acte d’inhumation de l’un d’eux, inhumation à laquelle ont assisté « Jean Ciron, curé de Saint Clair et Monsieur son Vicaire, Louis MACHELARD laboureur, marguillier, en charge de l’œuvre de cette Eglise, Michel GROSSET, laboureur et Pierre DUVAL laboureur receveur de la Terre de Gometz
L’an 1774, le premier jour de décembre a été inhumé dans le cimetière, le corps de défunt Michel GUERET, décédé du jour précédent âgé d’environ 77 ans, en son Vivant maître d’école de cette paroisse depuis plus de quarante ans, avec l’estime, la confiance et la vénération générale tant des habitants de cette paroisse que de toutes celles des environs”. Quel magnifique éloge et que cela change du formalisme administratif actuel !

C’est souvent d’ailleurs que dans ces registres apparaît une petite note humaine, un détail qui surprend, accroche l’esprit. Ainsi sur l’un des registres, à l’envers de la couverture, on relève les comptes de la quête à l’église : « Pierre DUVAL marguillier en l’année 1679 a reçu depuis la chandeleur jusqu’aux fêtes de Pâques 16 livres dans ses bassines et autres dons pour la cire ». Le marguillier : le responsable de la Communauté paroissiale, celui qui administre les biens de la Fabrique.

Des changements à la révolution

Et puis voici la Révolution : quelques petits changements de forme d’abord : l’en-tête des registres ne porte plus la signature du Lieutenant civil de la ville, Prévôté et Vicomté de Paris dont dépend la Paroisse, les nouvelles circonscriptions administratives s’affirment : Département de Seine et Oise, Arrondissement de Ramboulllet, Canton de Limours. Mais c’est au 25 brumaire an I (15 novembre 1792) que l’on trouve la trace du grand changement : la laïcisation de l’Etat-Civil.

Décidée par la Constituante ; elle n’est réalisée qu’à cette date et le registre porte en milieu de page : « Clos et arrêté par nous, Maire le 15 novembre 1792 et premier de la République Française Boite, Procureur Sébire, Maire »

Le registre des délibérations municipales relate l’événement :
« L’an 1792 et 1er de la République, le 15 Septembre, nous Maire et nous étant transporté sur la réquisition de Monsieur le Procureur de la Commune au presbytère de la paroisse nous aurions trouvé le dit Curé pour lui donner lecture de la loi du 20 Septembre et nous disant qu’il en avait connaissance, il nous a sur le champ représenté tous les registres. Il nous a d’abord remis la première et seconde minute des registres de l’année courante que nous avons clos.
Il nous a remis ensuite les registres des années 1791-1652. Ensuite un très vieux registre commençant en 1612 que nous avons vu aller en 1630.
Ensuite un autre registre que nous avons reconnu être de 1500 et qui va jusqu’à 1564.
Lesquels registres nous avons fait transporter en la Maison Commune et avons promis au dit Curé de lui donner le double du présent procès-verbal pour lui servir de décharge.
Fait et arrêté en la maison presbytérale.

signé Boite Procureur de la Commune Sébire Maire, Pilon Greffier »

Ces registres existent toujours à la mairie, à l’exception de celui indiqué de 1500 à 1564. Mais nous avons un registre : 1594-1611. Il y a sans doute eu erreur de lecture : l’écriture est si difficile à déchiffrer !

Bien reliés, soigneusement conservés, il représentent une documentation essentielle pour comprendre l’histoire de tous ces paysans qui ont vécu, travaillé à Gometz et qui l’avaient fait tel que nous l’avons connu avant que le grand bouleversement de l’urbanisation moderne ne vienne démembrer le terroir et effacer les anciens cheminements.

Ils sont maintenant accessibles en ligne aux archives départementales de l’Essonne à partir de 1692.

Cet article provient de la reprise d’un document écrit par Pierre Rousseau, historien à la Vacheresse et publié par la mairie dans les années 1980

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