5. L’église et les biens du clergé

Les biens du clergé en 1789

L’église : un monument vieux de six siècles

Nous connaissons bien notre église. Sa silhouette qui nous accueille dès que nous abordons le plateau nous est familière.

La description la plus ancienne que nous possédions, nous la devons à l’Abbé Lebeuf dont L’Histoire du Diocèse de Paris date du milieu du XVIIIe siècle.

« L’Église est sous l’invocation de Saint Germain, Évêque de Paris. C’est un assez grand édifice tout voûté qui, cependant, manque d’une aile du côté du septentrion. Il est entièrement de pierre de Gray, ce qui n’en désigne point l’âge, quoiqu’on puisse dire qu’il a tout au plus trois à quatre cents ans. Une assez belle tour du côté du midi lui sert d’ornement. Il y reste au chœur des fragments de tombes de quelques Dames, l’une d’environ 1300 avait une inscription en grandes capitales gothiques, sur l’autre aussi en capitales moindres se lit encore « Fame Guillaume …sins, laquelle trespassa l’an M.CCC.XLIII ».

Au début du XlXe siècle, ces deux tombes avaient disparu — sans doute par suite du remaniement du chœur auquel nous devons les boiseries et le retable.

Les inscriptions de France ne signalent que la dalle funéraire que nous connaissons bien.

« Cette dalle très usée, posée à l’entrée du chœur, présente les traces de deux effigies, qui m’ont paru celles de deux hommes en vêtements longs.

La moitié qui reste de l’épitaphe ne nous fait connaître que pour un seul la profession du défunt et la date de son décès : “en son Vivant marchand boucher dem à Gometz-la-Ville qui trespassa le Mil V IXIIII’ » (1561 ;). »

Si le clocher a gardé sa fière allure, la cloche n’est plus celle d’alors, elle a été refondue en 1835 et porte comme inscription : « Je fus fondue pour la Commune de Gometz-la-Ville l’an 1835 et bénie par J.L. Exupère Malherbe, curé de Gometz et nommée Marie-Céline-Léontine par Mr. de Chambray Edouard, et Dame Marie Célestine Léontine de Perthuis, Dame de Blavette, en présence de Monsieur Duval, maire.

His hodie vitam debeo, vos grata Fideles. »

qui pourrait se traduire par :

« A ceux-là je dois la vie, vous Fidèles la reconnaissance ».

Quant à l’horloge — il y en avait une au moment de la Révolution —, elle a disparu après avoir causé bien des soucis et de gros frais à la Municipalité, car il fallait faire venir de Versailles un ouvrier pour la réparer.

L’IMPORTANCE DU CLERGÉ DANS LA SOCIÉTÉ

Telle qu’elle se présente encore aujourd’hui, notre église apparaît imposante pour une communauté qui n’atteignait pas 250 habitants et elle témoigne de l’importance de la religion dans la Société. On se rappelle qu’elle était composée de 3 ordres : le Clergé, la Noblesse, le Tiers-État, dont les membres, à l’époque féodale, avaient respectivement trois grandes fonctions : la Prière, la Guerre, le Travail.

« Le clerc prie, le noble se bat, le roturier travaille ».

A la veille de la Révolution, cette division marque toujours la société française.

Le clergé est le premier ordre de l’État. Il assure le service du culte, l’assistance aux malheureux, soigne les malades, tient l’état civil et dispense l’enseignement. Au cours des siècles, il a acquis de grands biens, particulièrement les Ordres religieux. Un document nous permet d’en mesurer l’importance à Gometz la Ville : l’état désignatif et estimatif de tous les biens ecclésiastiques, dressé à la demande de l’Assemblée Nationale par Jean Breton, le premier Maire dont nous connaissions le nom — Jean Breton, bourrelier.

Quatre grandes fermes appartiennent à des Ordres religieux :

  • la grande ferme de Gometz la Ville (M. Auvray) et la Feuillarde (M. Hottin) : à l’Abbaye des Vaux—de—Cernay.
  • Malassis : au Prieuré de Saint-Paul dépendant de l’Abbaye Saint-Victor de Paris.
  • La ferme de La Boulaye (Michel Lerebour) : aux Dames de Saint-Mandé.
  • Les deux pièces de terre sises près de Baudreville et dites “Le petit déluge”, qui appartiennent à la Commanderie du Déluge, ne sont pas alors comprises dans l’inventaire, car propriété de l’Ordre souverain de Malte. Ultérieurement, une loi assimilera les Biens de l’Ordre de Malte aux Biens du Clergé.

Au total, pour Gometz la Ville, environ 600 arpents sur un terroir de 2233 arpents (l’arpent commun = 42 ares 21).

LA DIME

La Cure ne possède que 9 quartiers de terre (un peu moins d’un hectare), mais l’essentiel des revenus du Curé est fourni par la Dîme.

On se rappelle que c’est un impôt en nature qui, depuis Charlemagne, est prélevé sur les récoltes, en principe un dixième, pour subvenir aux frais du culte.

Substantiel, il a forcément excité bien des convoitises et les curés en furent dépouillés souvent, en partie, au bénéfice de communautés religieuses ou de particuliers qui avaient peu à voir avec la Paroisse.

Voyons ce qu’il en était à Gometz la Ville :

L’Abbé Lebeuf nous apprend que depuis le XIe siècle, l’Abbé de St Florent, près de Saumur, avait reçu de l’Évêque de Paris, 13 églises dont :

  • Saint-Germain, de Gometz la Ville,
  • Saint Clair, de Gometz le Châtel,
  • Sainte-Marie-Madeleine, des Molières…

Ces églises étaient réparties entre cinq prieurés. Gometz la Ville, comme Gometz le Châtel, dépendaient du Prieuré de Saint Clair qui nommait le curé.

En 1505, un accord est signé au sujet des dîmes de la Paroisse :

Il fut arrêté :

1/que le Prieur et le Curé partageraient par moitié les grosses (dîmes sur le blé) des territoires de La Folie et de Ragonnant avec les menues dimes de la Paroisse et les revenus du dedans de l’Église.

2/que le Prieur comme Patron et Curé primitif dirait ou ferait dire par chacun an la Grand’Messe dans l’Église Paroissiale le jour de Saint-Germain, patron de la Paroisse, auquel jour le Curé donnerait à dîner, quand le Prieur s’y trouverait en personne”.

En 1611, nouvel accord. Le Prieur de Saint Clair, demeurant à Paris, rue de la Tissanderie, abandonne au Curé de Gometz la Ville, Guillaume Duval, sa part de dîme moyennant 150 l. de fermage par an et la charge de dire les Messes que le Prieur doit célébrer dans l’église de Gometz

En 1789, d’après l’État donné par le Maire, le Prieur dime sur 600 arpents que nous estimons à 650 l. Mais il doit entretenir le chœur de l’Église et la toiture du clocher et, “pendant très longtemps il était obligé de payer le maître d’école auquel il a donné jusqu’à 55 livres qu’il a refusé de payer parce que la Fabrique n’avait pas pu montrer les titres. qui l’y obligeaient… »

Quant au Curé de Gometz, il« a la dime sur environ 600 arpents et 100 arpents de Novales (les terres nouvellement défrichées) toute la dîme verte (pois, chanvre, fourrage) que nous estimons 800 livres ; il a en outre la dime des troupeaux, oyes, filaces, le tout estime 80 livres, neuf quartiers de terre (un peu moins d’un ha) qu’il fait valoir estimés 30 livres…»

Les chanoines de Linas possédaient (pourquoi ?) une dîme d’environ 100 arpents, affermée à la Veuve Michel Pescheux, de Belleville, 120 livres et il y avait » une dîme inféodée » ; c’est-à-dire perçue par le Seigneur laïque, sur certaines terres de Ragonant

On comprend que dans les Cahiers de Doléances, les paysans aient protesté, non contre la Dîme — et pourtant ce devait être dur de voir prélever dans le champ, avant que la récolte soit rentrée, 1 gerbe sur 10 ou 12 — mais contre son détournement ; et nos voisins de Bures, dont une partie de la dîme était perçue par un clerc titulaire d’une chapelle à Saint-Eustache de Paris, demandent qu’elle soit perçue par la Cure et pour la Cure.

LES REVENUS DE LA CURE

C’était aussi, on le comprend, le souhait de curés dont les ressources étaient modestes dans les petites paroisses. Un document des Archives de Versailles nous permet de connaître les revenus pour l’année 1790 de de Marre, curé de Gometz la Ville.

En recettes, tout ce qu’il a vendu : blé, seigle, méteil, orge, avoine, paille, trèfle, luzerne, filasse sur les marchés de Limours, de Montlhéry ou à la Grange, car le presbytère possède une grange au blé et une grange aux avoines pour abriter les récoltes.

Ce qu’il a reçu aussi pour les troupeaux : 18 livres de Madame Pescheux de Belleville, 21 livres de M. Poluche, 20 livres de M. Duval Au total 1427 livres 9 sols 6 deniers, car le compte est précis.

En dépenses, tous les frais occasionnés par l’exploitation de sa terre et la perception de la dîme pour laquelle il emploie ‘deux dixmeurs » — dont le maître d’école Gervais Pilon — payés chacun 72 livres et à qui il fournit un tonneau de cidre de 30 livres.

Citons au hasard quelques chiffres :

  • 2 façons de labour à un arpent de terre : 16 l.
  • pour le fumier dudit arpent : 30 l.
  • pour la voiture dudit fumier : 8 l.
  • pour répandre le fumier : 1 l.
  • pour une journée à Philippe qui a livré la paille d’avoine 1 l.
  • Y compris les impôts : 218 l. 5 s. de taille — 94 l. 12 s. de vingtième, les dépenses s’élèvent à 782 I. 2 s 6 d
  • Il est donc resté au Curé pour l’année 1790 : 645 l. 7 s.

La Nation qui, en supprimant les biens du clergé, a institué un traitement de 1200 livres pour le Curé, lui doit donc le complément.

Ce document, si intéressant au point de vue économique, l’est aussi sur le plan de l’histoire locale, car il est par les membres de la Municipalité en février 1791, la première de notre commune.

Certifiant le compte de l’Abbé de Marre conforme à la vérité, ont signé les membres du ‘Conseil Général de la Paroisse :

BRETON, Maire — HAMELIN, notable — J. HEME, officier — BLAIN, notable — TATREHOW, notable — VAVASSEUR, notable — L. MARCHAND — PILON, greffier »

Le Conseil Général de la Commune approuve aussi, après l’avoir publié à l’issue de la Grande Messe paroissiale, ‘le compte des revenus de la Charité » présenté par l’Abbé de Marre.

Aux recettes (dons, rentes) : 233 livres s’opposent les dépenses : 333 l. 2 sols, dont le pain constitue le chapitre le plus lourd : 185 l. payé au boulanger Hemé ; mais on note aussi de la viande : 1 l. 12 s. 4 d. pour un pot-au-feu, 68 I. pour des habits (casaquins, jupes, tabliers) et 50 l. au maître d’école pour l’instruction des enfants pauvres. « Des personnes charitables » ont réglé la différence.

LA FABRIQUE

Ce tableau de l’activité religieuse du village ne serait pas complet si l’on ne parlait pas de la Fabrique. On désignait ainsi « le revenu affecté à l’entretien d’une Église paroissiale, tant pour les réparations que pour la célébration du Service ».

Des laïcs, élus parmi les habitants, administraient ce revenu : c’était les Marguilliers, et leurs noms reviennent souvent dans les registres de l’Etat-Civil : Duval, Pescheux, Machelard : des «laboureurs», des fermiers aisés.

Ils jouent un rôle important, discutent des travaux règlent le prix des bancs, des inhumations,_ acceptent les legs, perçoivent les aumônes

Des propriétés léguées dans le passé par des personnes charitables et recensées par le Maire dans l’Etat désignatif et estimatif, assurent une partie du revenu de la Fabrique. Elle possède 31 arpents de terre loués 846 l. 7 s. 3 d. à des gens du village : Dubillon, Breton, Delange, Moye, Hamelin, et des rentes sur la Ville de Paris (20 I.) sur une maison à Janvry (25 l.), 18 l. sur une maison sise à Gometz appartenant aux héritiers Brière, 2 l. sur la ferme de Voisin (Mme Dramard), appartenant à M. de Murinay.

et cet article qui laisse à penser :

«Une rente de deux livres dûe par Monsieur Blavette (un propriétaire de Baudreville) qui a toujours refusé de payer opposant la prescription. Les Curés et Marguilliers prétendant qu’elle n’était pas encore consommée, lui ont fait une opposition il y a 4 ans, ils n’ont pas jugé à propos de la suivre parce qu’ils ne se sont pas cru assez forts pour plaider avec un Conseiller au Parlement». Nous soulignons…

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir». Nos Marguilliers savaient leur La Fontaine

Heureusement, tous les propriétaires n’agissaient pas ainsi :

Celui de Belleville, M. Gallois, un auditeur en la Chambre des Comptes, a donné 25 livres sur la Ville de Paris aux Pauvres de Gometz. Nouveau châtelain, il cherche à affirmer son rôle seigneurial — c’est lui qui a fait bâtir le pavillon central du château.

En 1769, il achète au comte de Limours, Guillaume de Lamoignon, la permission de prendre place en son absence dans le banc placé dans le chœur de l’Eglise ses prérogatives en tant que Seigneur de Gometz.

Plus intéressant pour la Fabrique, en 1773, moyennant 300 livres, le Curé, les Marguilliers et la Paroisse lui cèdent, « et à ses successeurs propriétaires du Fief de Belleville à perpétuité, un terrain pour construire un banc à condition de payer pour chacun an 3 livres ».

Et lorsque le gendre de Pierre Gallois, Julien, Jacques Devin de Belleville meurt en 1817, l’inventaire qui est alors dressé, note encore cette propriété. C’est vraisemblablement le banc que nous avons connu sur le côté droit de la nef, et qui, déplacé, sert aujourd’hui d’autel.

La vie religieuse de Gometz la Ville, cette gestion communautaire de fondations, souvent très anciennes, vont être bouleversées par la Révolution. Tous les biens ecclésiastiques sont vendus comme Biens Nationaux pour tenter de résoudre la crise financière. Les terres de la Cure et de la Fabrique aussi.

En 1797, le Presbytère est vendu à son tour, malgré la résistance de la Municipalité qui y a installé l’école, et au désespoir de Gervais Pilon, l’instituteur qui s’y trouve bien. Seule une partie du jardin restée propriété de la commune, sera affectée au service de l’instituteur.

Mais, l’Église a résisté, solidement ancrée par ses contreforts. L’environnement a changé, certes le cimetière n’est plus auprès de l’Église depuis 1888 ; l’horloge a disparu. Mais l’intérieur est le même, dans lequel se sont succédé pendant cinq siècles tous ceux qui nous ont précédés à Gometz la Ville et sous les voûtes croisées d’ogives on peut percevoir encore l’écho de la foi qui les a animés et des sentiments qu’ils ont éprouvés — qui sont aussi les nôtres ; la joie, la peine, l’espérance.

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