8. École et maîtres d’autrefois – l’École et la paroisse

Maître d'école au XVII ème siècle

Gometz la Ville possède un beau groupe scolaire, moderne, situé au cœur du village et cependant largement ouvert sur les champs. Bien différent au demeurant de la salle de classe du XVIIIe siècle. Mais, hélas nos archives sont très discrètes à son sujet : pas d’acte de fondation. Monsieur Emile BLONDELET dont la monographie rédigée pour l’exposition de 1900, cite le premier “maitre d’escolle” dont il ait relevé le nom dans les registres de l’Etat-Civil : Jean LEMOYNE qui signe l’acte de baptême de son fils le 3 juillet 1726.

L’école existait donc à cette date. C’est d’ailleurs l’époque où l’on voit se multiplier les “petites écoles”. Brièvement, rappelons-en les raisons. Sous l’Ancien Régime, c’est le Clergé qui a la charge de il s’est occupé surtout, jusqu’au XVIe siècle, des Collèges et Universités. La Réforme, puis la Contre-Réforme vont provoquer de grands changements dans les esprits. Luther avait déclaré : “Il nous faut à tous lieux des écoles pour nos filles et nos garçons afin que l’homme devienne capable d’exercer convenablement sa profession, et la femme de diriger son ménage et d’élever. convenablement ses enfants”.

Au XVIIe siècle, un mouvement très important en faveur de l’éducation populaire se développe en France avec Saint François de Sales et Saint Vincent de Paul. La chronique historique du Bulletin Municipal de Limours note que, dès 1650, Limours a une école de Garçons. La Révocation de l’Edit de Nantes et ses conséquences vont pousser le pouvoir royal, en lutte contre le protestantisme, à intervenir dans le domaine scolaire. Par la déclaration du 13 décembre 1698, le gouvernement de Louis XIV ordonne :

“que l’on établisse autant qu’il sera possible des maîtres et maîtresses dans toutes les paroisses où il n’y en a point, pour instruire tous les enfants et nommément ceux dont les père et mère ont fait profession de la ’Religion prétendue Réformée’ du catéchisme et des prières pour les conduire à la messe comme pour apprendre à lire et même à écrire à ceux qui pourront en avoir besoin …”.

La déclaration fixe l’obligation scolaire à 14 ans et demande que l’on assure aux maîtres 150 livres par an (100 livres pour les maîtresses). L’école reste d’ailleurs sous la tutelle de l’Église, conformément à l’Edit de 1695. “Les maîtres et maîtresses d’école des petits Villages seront approuvés par les Curés des Paroisses et les Archevêques et Evêques ou leurs archidiacres dans le cours de leurs visites pourront les interroger sur le catéchisme en cas qu’ils l’enseignent aux enfants du lieu et ordonner qu’on en mette d’autres à leurs places, s’ils ne sont pas satisfaits de leur doctrine ou de leurs moeurs

Maître d’école, badaud, sonneur de cloches

Ainsi l’Ecole n’est pas une institution d’Etat. Le Pouvoir Royal laisse l’initiative aux Paroisses qui recrutent elles-mêmes leur Maître d’Ecole. C’est ce que nous allons voir avec un document retrouvé par hasard, qui ne concerne pas hélas Gometz la Ville, mais qui est plein d’intérêt. C’est le contrat conclu en 1752 entre une petite communauté paroissiale : Septsaulx, dans la Marne, et un maître d’Ecole Jean-Rémy Galichet. Pour nous mettre dans l’atmosphère, et pour le plaisir, lisons le début : –

“Ce jourd’hui, Dimanche neuvième Avril mil sept cent cinquante deux, nous Syndic et la plus grande et saine parties des habitants de SEPTSAULX, étant tous assemblées au son des Cloches au lieu ordinaire tenir les assemblées de la dite Comté, pour délibérer de leurs affaires le dit jour, fin de la messe paroissiale icelle chantée et célébrée en la dite Paroisse, lorsque les habitants en sortaient en grand et suffisant nombre, En la présence de Monsieur Arnoult notre très digne prêtre …”.

Le Contrat, établi pour trois ans “à commencer aux Jour et Fête de St Jean Baptiste prochain de la présente année” assure d’abord les ressources du maître qui, outre l’enseignement, a des obligations importantes dans la paroisse.

Les laboureurs s’obligent de donner “un quartel de seigle” pour le Marlage et, pour la présentation de l’eau bénite, “douze écuelles de seigle par chacun chevaux”. Les manouvriers donnent la somme d’une livre cinq sols. “Les femmes veuves ne payeront que douze sols six deniers le tout sans défaillir”.

“A l’égard des enfants qui viendront à l’école, les habitants se sont obligés de donner au dit Galichet par chacun mois de chacun écolier, savoir ceux qui seront à l’alphabet quatre sols, ceux qui liront cinq sols et ceux qui écriront six sols”. moyennant quoi, “le dit Galichet s’engage à servir tous les services célébrés dans l’Eglise, à sonner la prière le matin, à midy, et au soir, et même assister Monsieur le Curé quand il portera les très Saints Sacrements aux malades …”.

Et comme on est dans un pays de vignes, il doit “sonner aux Nuëes, Dieu en préserve s’il luy plait. Et pour ce, il sera payé le dit Galichet la Somme de quinze sols…”. Le Samedi, il doit balayer l’Eglise.

Ainsi, chaque habitant participe à la rémunération du Maître sacristain et le fait que Galichet exerçait déjà depuis 6 ans ses multiples fonctions prouve qu’il ne trouvait pas sa situation trop mauvaise. ll est évident que les contrats variaient avec les Paroisses. Celui-ci n’est qu’un exemple, mais il met bien en évidence :

  • et la participation des parents à l’entretien du maître,
  • et l’importance de ses fonctions dans la paroisse,

ce qui était courant à l’époque. En 1650, à Limours, le maître d‘école est également bedeau et sonneur de cloches.

Le citoyen Gervais Pilon, instituteur

Et à Gometz la Ville ? En 1789, Gervais PlLON est maître d’école depuis deux ans. L’existence d’un sacristain, MOYE, diminue évidemment le service qui pouvait lui être imposé à I’Eglise. Mais c’est en feuilletant les archives de la Commune que l‘on peut se faire une idée de sa situation.

Le 17 octobre 1792, la Municipalité décide de porter son traitement annuel à 550 livres, “…dont la Fabrique lui paiera celle de 300 livres et 50 livres aussi pour l’instruction des pauvres de la dite Paroisse et il reste à la charge de la Municipalité la somme de 200 livres pour chaque année, à charge pour le dit Pilon d’enseigner les écoles gratis et qu’ils lui seront payés par quartiers…”.

Texte important : le droit d’écolage existait précédemment mais la Fabrique assurait l’enseignement des enfants pauvres. Désormais, la Municipalité décide que l’école sera gratuite pour tous.

Autre réforme importante, de vocabulaire, le 26 Pluviose An Il (février 1794), conformément à un décret de la Convention Nationale, “le citoyen Gervais Pilon, maître des écolles de la dite commune de Gometz la Ville depuis six années sans interruption et même sans aucun sujet de plainte contre …” est nommé lnstituteur. Belle promotion, mais le public ne suivra pas et l’on parlera encore longtemps “du Maître et de la Maîtresse”.

Le registre recense à cette date 50 enfants d’âge scolaire : 24 garçons et 26 filles. Mais, bien que salarié de la Nation, notre “lnstituteur”, depuis la confiscation des biens de la Fabrique, a bien du mal à se faire payer. Le 15 Brumaire An I (novembre 1794), la Municipalité reconnaît que le salaire de l’année 1794 “vieux style” ne lui a pas été payé. On comprend que Gervaîs Pilon ait cherché des compléments. Déjà, en 1790, il collectait la dîme avec le Sacristain ce qui avait rapporté 72 livres à chacun et un tonneau de cidre pour les deux. La création d’une Municipalité en fait naturellement le Secrétaire-Greffier.

Malheureusement, un décret interdit aux instituteurs salariés de la Nation de cumuler deux emplois mais à Gometz la Ville on sait s’arranger. Gervaîs Pilon démissionne de son poste de Greffier. Pierre SEBIRE, un membre de la Municipalité, accepte ce poste à condition que l’assemblée nomme un Substitut Greffier qui ferait toutes les écritures et à qui lui, Pierre Sebire trop occupé dans ses champs, reverserait le montant de l’allocation : 450 livres. Et le Conseil Général de la Commune nomme Gervaîs Pilon : “Substitut, Commis, Secrétaire, Greffier comme n’ayant pas assez pour Vivre et sa famille en qualité d’instituteur de la commune …” (5 frimaire An lV).

Nommé “Garde-Champêtre”, ce qui lui rapporte “quatre septiers de blé”, il soumissionne en 1795 pour l‘adjudication de la perception de la Contribution (il n‘y a plus d’impôts) et pour établir la matrice de la Contribution foncière, pour l’An ll, matrice dont plusieurs cahiers se trouvent toujours dans les Archives de la Commune.

Bataille autour du presbytère-école

Cette confiance de la Municipalité, qui se manifeste à travers toutes ces nominations, va s’affirmer à propos de la vente du Presbytère. Gometz la Ville ne possédait pas d‘école. La classe se faisait chez le Maître ou dans un local loué par la Fabrique. L‘interdiction du Culte par la Convention Nationale va changer la situation. Le Presbytère est libre depuis que le Curé, l’Abbé de Marre, qui vient de se marier, retourne dans son pays. En vertu d’une loi mettant à la disposition des Municipalités “les cy-devant presbytères non vendus au profit de la République pour servir tant au logement de l’Instituteur que recevoir les élèves pendant la durée des leçons”, la Municipalite y installe Gervais Pilon. Et la délibération précise : “le petit jardin qui en dépend n’est pas de grande valeur car il est plus coûtable que profitable et qui est d’une grande utilité tant pour la retraite des élèves que pour les besoins urgents de l’instituteur par rapport à l’eau qui est d’une grande rareté dans notre commune, n’y existant point de puits ni de fontaine publique…”.

Pour ce petit jardin, dans lequel se trouve “un vivier”, Pilon paiera à l’administration, 12 livres de rente par an. Voici donc Gervais Pilon — et l’école — installés au presbytère. Mais le Directoire de Limours n’apprécie pas. Gometz la Ville possède une “Maison Commune”, bâtie depuis 4 ans. C’est là qu’il faut installer l’Ecole. Le Presbytère qui a besoin de réparations sera vendu au profit de la République. ll y a des amateurs : Pierre SEBIRE et Pierre HAMELIN.

La Municipalité de Gometz la Ville se défend. Un de ses membres, LE BRUN précise que “la Maison Commune est sans cour, sans jardin et n’est pas terminée”. La Commune pense y loger une maîtresse d’école. Les deux Commissaires nommés par l’Administration du Canton de Limours, André ANDRE de Gometz le Chatel et François VESLIN de Beauregard, concluent à la vente du Presbytère, mais ils proposent que les acquéreurs achèvent à leurs frais les travaux de la nouvelle maison et la rendent habitable. De plus, ils abandonneront une partie du jardin à l’instituteur.

En vain, six habitants de Gometz la Ville : les citoyens DUVAL, MACHELARD, BAULT, PESCHEUX, POLUCHE fils et la veuve BRUN font défense à PILON de s’installer dans la maison commune qui serait leur propriété. L’Administration écarte cette opposition et le 26 Germinal An VI (Avril 1798) Pierre SEBIRE et Pierre HAMELIN deviennent propriétaires du Presbytère — à condition d’exécuter les travaux prescrits : carreaux de terre cuite dans la chambre à feu, vitres aux croisées, mur de séparation avec le jardin de l’instituteur.

Ce qui nous vaut un plan conservé aux Archives de Versailles. C’est la Place de l’Eglise telle qu’elle se présentait à la fin du XVllle siècle

Quant au matériel de l’Ecole, il est bien modeste comme le montre l’inventaire dressé le 2 Prairial An VII (21 mai 1799) :

  • 2 tables et 10 bancs,
  • un vieux poële de fonte fêlé avec environ 3 pieds de tuyaux
  • Une douzaine de carreaux manquent et la cheminée est un peu dégradée…

En visitant l’école d’aujourd’hui, on apprécie le chemin parcouru ! Mais hélas, entretemps, l’enseignement à Gometz la Ville a connu bien des vicissitudes.

L’inventaire que l’on vient de lire correspond à la nomination d’un nouveau maître : Jean-Baptiste BLAIN, un ancien tailleur apprécié pour son civisme. ll ne restera pas longtemps et l’abbé VORAGE dans une petite brochure sur les “Deux Gometz“ nous apprend qu’en 1810 il professe à Gometz le Chatel. ll semble bien que personne ne l’ait remplacé car, en 1811, le nouveau curé s’offre pour montrer à lire et écrire aux enfants de la commune. Les registres ne disent rien sur les suites données au projet. En 1835, à la suite de la Loi Guizot, le Conseil Municipal constatant “l’impossibilité où se trouve Gometz la Ville d’avoir un instituteur particulier en raison du peu d’enfants …” décide de réunir Gometz la Ville et Gometz le Chatel pour l’instruction primaire et il versera à l’instituteur de Gometz le Châtel une somme de soixante francs à charge pour lui d’instruire gratuitement six enfants. On imagine la fatigue pour les enfants — particulièrement ceux des hameaux — et quel recul par rapport au XVllle siècle.

L’école et la commune

Mais les rapports avec l’lnstituteur de Gometz le Chatel ne sont pas sans poser de problèmes et, en 1856, Gometz la Ville décide de construire une école-Mairie : c’est, un peu modifié, le bâtiment actuel de la Mairie. Et, depuis 1860, la classe y fonctionne régulièrement : classe unique de 35 élèves en moyenne, où les enfants de la commune se sont succédé pendant plus d’un siècle jusqu’à l’ouverture de l’Ecole du Centre en 1973.

Monsieur BLONDELET, nommé à Gometz la Ville en 1896, a dressé dans sa monographie la liste des maîtres qui l’ont précédé et leur rémunération. Ils gagnent de 1500 à 1800 F par an et accomplissent des tâches supplémentaires : cours d’adultes, leçons particulières, arpentage certains tiennent le secrétariat de mairie — qui leur rapporte 80 F — à I’Eglise, gain : 60 F. Il arrive que la femme donne des leçons de couture aux petites filles, d’où une rémunération de 100 F.

Tous ces maîtres semblent avoir exercé avec foi, dans des conditions difficiles, un métier qui leur paraissait une mission. C’est le souvenir que Monsieur Marcel LACHENY de La Vacheresse conservait de son instituteur, Monsieur BLONDELET, un maître sévère qui gardait, après l’école, les candidats au certificat. Leur succès était un test de la valeur de son enseignement.

Aujourd’hui l’Ecole a beaucoup changé : locaux, programmes, méthodes. Les maîtres n’ont plus la place qui était la leur dans le village à l’époque où ils étaient les seuls détenteurs du savoir. Mais les rapports entre maîtres et élèves, maîtres et parents restent empreints d’un caractère affectif exceptionnel ; et il nous semble que c’est bien ce qu’exprime l’éloge relevé dans les registres de l’Etat—Civil par M. BLONDELET, et que nous avons déjà cité :

“L’An mil sept cent soixante quatorze, le premier jour de Décembre a été inhumé dans le cimetière le corps de défunt Michel GUERET, décédé du jour précédent âgé d’environ soixante dix-sept ans, en son vivant maître d’école de cette paroisse depuis plus de quarante ans, avec l’estime, la confiance et la vénération générale tant des habitants de cette paroisse que de toutes celles des environs …”.

SOURCES : “Archives Communales et Départementales” L’ÉDUCATION en France du XVIe au XVIIIe siècle, de D. Julia.

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