10. Belleville : un fief, un château, un domaine

Bien des habitants de Gometz la Ville ne connaissent pas le Château de Belleville,  peut-être parce qu’il paraît très loin, au-delà de Chevry

Mais, bien que propriété de la ville de Gif, il est sur notre commune et son histoire — où nous retrouverons des faits déjà cités — ne manque pas d’intérêt.

Belleville apparaît d’abord comme le nom d’une ferme qui est aussi un fief : le domaine d’un seigneur sur lequel il jouit de prérogatives particulières.

Le propriétaire en 1634 est un procureur du Châtelet, bourgeois de Paris : Gilles de Trapu, seigneur de Belleville, Baudreville, La Vacheresse et en partie du fief de Courcelles et Jaumeron.

Pour Belleville, il doit « Foy et Hommage » au Comte de Limours — c’est alors le frère de Louis Xlll, Gaston d’Orléans.

Pour La Vacheresse, il relève du seigneur de la Norville « à cause de son fief des Granges situé à Châtres (Arpajon) » ; et pour Courcelles et Jaumeron, du Seigneur de Gif. Que l’on n’imagine pas le « Foy et Hommage » aux XVII et XVllIe siècles comme dans les miniatures du Moyen Âge. Il s’agit simplement d’un acte notarié, aux formules qui font sourire, comme dans l’acte du 26 octobre 1714 pour « la Seigneurie du fief, terre et seigneurie de Belleville, sis en la paroisse de Gometz la Ville, mouvant et relevant en plain fief du Roy nostre Sire, Comte de Limours, à cause de la réunion de Gometz le Châtel dit Saint-Clair au dit Comté de Limours, lequel nous a requis nous transporter au devant de la grande porte du Château du dit Limours et là, ledit Sieur en état de devoir et Vassal, un genou en terre, teste nue, sans bottes ny éperons, ni espée, pris le marteau de la dite porte, frappé d’icelluy par trois différentes fois contre la dite porte et demandé sy le Roi y était ou gens pour luy pour le recevoir en sa dite foy et hommage et serment de fidélité… »

Suivait « l’Aveu et Dénombrement », relevé de toutes les parcelles composant le Fief avec limites et nom des propriétaires — car le Seigneur de Belleville ne possède, en
propre, qu’une partie des terres du fief.

« L’Église de Gometz possède cinq quartiers chargés de douze deniers parisis de censive par arpent »

« Sur le surplus du dit fief on doit au dit avouant douze deniers parisis de cens et deux poulles à scavoir sur six arpents de terre assis au terroir du dit Baudreville tenant d’un côté aux terres appartenant aux hoirs et représentants de Jean Adam, d’autre aux terres du Cormier et d’un bout au chemin de Gometz la Ville à Chevreuse et d’autre au chemin de Gometz aux Mollières ».

L’Aveu et Dénombrement permet de connaître exactement le montant du Cens, ce droit féodal que le Seigneur perçoit sur les terres de sa « Censive ». Fixé en grande partie au Moyen-Âge, il a perdu beaucoup de sa valeur par suite de l’inflation, mais les droits de « lods et de ventes » perçus lors des mutations restent substantiels ; du 1/6 au 1/12 du prix de vente.

Tout propriétaire d’une terre de la Censive doit payer les droits féodaux, même s’il appartient au clergé ou à la noblesse.

Le Seigneur de Belleville dans la déclaration de Cens du 16 juin 1714 dresse la liste de ses « héritages », « lesquels sont mouvant et relevant en la censive de Messire Jean—François Mérault Chevalier des Ordres royaux et militaires de Notre Dame du Mont Carme] et de Saint Lazare, Seigneur de Gif, Moulon, les Folies Rigault et Jaudoin… »

… « Item, un quartier au chantier Gousson dessus du pré Mouchard, tenant d’un costé à Jean PESCHEUX, d’autre à Pierre THIBAULT, d’un bout sur les terres de BUISSON d’autre sur le chemin de Saint Clair à la Folie. Les dits héritages ci-dessus montant à soixante un arpent soixante six perches chargés à raison de deux sols six deniers l’arpent qui se montent en argent à sept livres quarante sols par chacun an, de cens portant lods et ventes, saisine et amende payable au jour de St Rémy premier octobre au dit seigneur de Gif à sa table de recettes dudit lieu ».

UN PROCÈS QUI DURE UN SIECLE

Ce droit féodal issu du Moyen-Âge qui nous apparaît formaliste, complexe a provoqué bien des procès. Ainsi entre les Seigneurs de Belleville et d’Armenon. Du fief de Belleville relevaient d’autres fiefs comme le Fief Lambert à Baudreville et surtout les fiefs du Grand et du Petit Armenon aux Molières.
Invoquant un point du droit féodal et forts de la protection de la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, les GOHIER d’Armenon refusent le « Foy et Hommage » à Gilles de Trapu qui prononce la saisie féodale du fief d’Armenon (1656). L’affaire va durer près d’un siècle.

Ce n’est que le 6 mai 1751 que le Parlement tranche définitivement en faveur d‘Armenon. Les seigneurs de Belleville qui exigeaient le paiement de tous les droits féodaux depuis 1626 sont condamnés aux dépens.

C’est le début de la gloire pour Guy Jean-Baptiste TARGET, un jeune avocat de 18 ans, fils du propriétaire d’Armenon, dont la plaidoirie a emporté la décision de la Cour.

Rappelons brièvement qu’il défendit le Cardinal de Rohan lors de l’affaire du Collier de la Reine, fut membre de l’Académie française et contribua à faire rendre I’Etat-Civil aux protestants. Député des Etats Généraux, il présida la Constituante, traversa discrètement la Terreur et acheva sa carrière à la Cour de Cassation.

LA MAISON SEIGNEURIALE

Au moment où s’achève ce procès d’un siècle, la propriétaire est « Dame Anne Françoise BEASSE de la BROSSE, épouse de Messire Jean Gabriel Duderé de Graville », qui en a hérité. Belleville est alors essentiellement une ferme louée à Michel Grosset « consistante en plusieurs bâtiments avec la quantité de 150 arpents de terre sept arpents de prez sans aucune réserve, sinon seulement des chambres hautes qui sont au-dessus de la demeure du fermier, des bûchers ou serres dont la porte ouvre du côté du jardin et clos entourés de murs que la dame bailleuse se réserve pour en jouir et disposer ainsi qu’elle avisera à charge pour les preneurs de fournir pour chacune année six chapons, deux poullets d’Inde, une demy douzaine de pigeons de volière, six poullets, deux hottes de pommes de rainettes et deux de poires et outre, moyennant le prix et somme de onze cents livres de ferme et loyer par année… »

La « Maison Seigneuriale » apparaît bien modeste dans cet acte ; mais le bail de 1754, accordé à Jean PESCHEUX laboureur et Marie-Catherine Grosset sa femme pour les deux fermes de Belleville et de La Vacheresse, ajoute aux pièces réservées : « la remise et les deux étages de bâtiments nouvellement construits à côté du logement du fermier ».

C’est en sa maison seigneuriale qu’Anne Beasse de la Brosse « gisante, malade en une chambre de la dite maison au premier étage, dont les fenêtres donnent des deux côtés du nord et du midy considérant qu’il n’y a rien de si certain que la mort et rien de si incertain que son heure », dicte son testament :

« Déclare la dite dame que si elle décède en cette maison, elle veut et entend que son corps soit inhumé dans l’église de la paroisse de Gometz la Ville ».

Et après divers legs à ses domestiques, aux pauvres de Gometz et de St Séverin, à François PESCHEUX son filleul, elle institue légataire universel Pierre Juvénal GALLOIS « son beau-neveu à cause de l’estime et de l’affection qu’elle a toujours eu pour luy et pour la bonne amitié qu’il lui a toujours témoigné ».

LE CHATEAU DE BELLEVILLE

C’est avec Pierre GALLOIS qu’apparaît à Belleville le mot «Château», dans un contrat daté du 7 septembre 1774 pour « l’entretien de la couverture ardoise du château de Belleville” (24 livres par an). L’inventaire des papiers de Gallois, dressé après sa mort, relève « 27 pièces qui sont mémoires, quittances, descharges donnés au déffunt par différents ouvriers qui ont travaillé à Belleville”.

Le château apparaît nettement sur le plan de 1779 dont Gif possède un bel agrandissement en couleurs.

On peut supposer que GALLOIS a fait construire dans le prolongement du bâtiment de 1754, couvert en tuiles, l’élégant pavillon que nous connaissons, comportant un bel escalier carré et des pièces de réception.

Une telle construction semble conforme à l’esprit d’un homme qui affirme ses prérogatives seigneuriales. En déposant le testament d’Anne Beasse de la Brosse chez le notaire, il décline déjà ses titres : « Seigneur de Belleville, Baudreville, La Vacheresse »

Quelques années plus tard, il proteste contre la mouvance des fiefs des Grand et Petit Armenon et en 1786 — trois ans avant que la Révolution ne balaie toutes ces survivances féodales, « il cède moyennant 15 deniers de cens et 3 poulets de rente foncière seigneuriale et non rachetable à Germain Lemaitre, laboureur, 2 perches de terre ou environ du hameau de Baudreville ».

Il possède dans sa bibliothèque I’Encyclopédie, les oeuvres des Philosophes mais, en 1769, il sollicite de Guillaume de Lamoignon, Comte de Limours, l’autorisation de prendre place en son absence dans le banc placé dans le choeur de l’église de Gometz la Ville et en 1773, la fabrique paroissiale cède « moyennant 300 livres payées par le dit sieur Gallois pour lui et ses successeurs propriétaires du fief de Belleville à perpétuité un terrain dans l’Eglise pour y construire un banc à condition de payer pour chacun an 3 livres ».

Ce château où la cuisine et la salle à manger ont vue sur la cour de la ferme mais où le salon donne sur le parterre et sur la cour, nous en avons une bonne description dans l’inventaire dressé fin Août 1789, un mois après la mort de Pierre Gallois, en présence d’Etienne Nicolas
David, jardinier demeurant au Château de Belleville.

Tout est noté, les glaces au-dessus des cheminées, le billard avec 4 lampes à la quinquet, le “filet garni de plomb dit senne”, même « une balançoire garnie de ses cordages” dans le jardin et parc.

Et que de meubles que l’on voudrait chez soi ! Dans le vestibule au pied de l’escalier « une pendule à poids du nom de Prudhon à Paris à cadran de cuivre et heures d’émaille sonnant heures et minutes dans sa boite en lanterne et gaine de bois peint petit gris ».

Dans la salle à manger dont le mobilier est peint couleur petit gris « une fontaine à deux robinets et sa cuvette en cuivre”.

Au salon :

  • une table à tric—trac garnie de ses dames d’yvoir et chêne cornets avec bobèche de cuivre argenté
  • Une lanterne à cinq pans garni en cuivre montée de son chandelier à cinq branches de même cuivre doré”, et “12 fauteuils en cabriolet de bois peint petit gris bourrés de crin couvert vieux velours d’Utrecht vert
  • La lunette d’approche de bois verny façon d’écaille garnie en cuivre,
  • le baromètre thermomètre sur son bois doré avec ornement,
    un calice avec sa patène d’argent dans son étuy de chagrin
    noir, 2 chasubles, un missel (il y a au château, chapelle
    et sacristie).

Tout est estimé ; mais « pour deux tableaux dessus de portes représentant des animaux dans le goût d’0udry il n’en a été fait aucune prisée attendu qu’ils ont été posés pour rester à perpétuité ». L’avenir, hélas, en a décidé autrement.

Cossue, raffinée, confortable, telle apparaît cette maison de campagne d’un riche bourgeois parisien pour l’inventaire duquel le notaire parisien fit trois fois la route de Gometz au milieu des turbulences de l’été 1789.

La vie, pendant la Révolution, réserve toujours des surprises L’histoire de Belleville aussi.

LA TRES CHARMANTE MARQUISE DE FONTENAY

A la mort de Gallois, Belleville devient la propriété de Denise Thérèse Gallois, sa fille, qu’il a « toujours chérie comme elle mérite de l’être ». Elle est l’épouse de Jacques Julien DEVIN DE FONTENAY, « chevalier, conseiller du Roi en ses conseils, Président en la Chambre des Comptes, demeurant Isle Notre Dame, rue et paroisse St Louis » où il possède un bel et grand hôtel : l’Hôtel Chenizot. La famille DEVIN est un exemple de cette bourgeoisie française qui, grâce à la vénalité des charges, accéda à la noblesse.

Au XVlle siècle, les DEVIN sont des marchands de drap — comme Monsieur Jourdain. Au XVllle siècle, les filles épousent des nobles, les fils achètent une charge de conseiller — un office — et ajoutent à leur nom celui d’une terre qu’ils ont acquise.

Jacques Julien de Fontenay devient Monsieur DEVIN DE BELLEVILLE, laissant le nom de FONTENAY au fils qu’il a eu d’un premier mariage.

Ce Jean Jacques DEVIN de FONTENAY, qui achète un marquisat, épouse en 1788 Thérésa Cabarrus, une jeune espagnole de 14 ans et demi, très belle, dont on connaît l’extraordinaire destinée. Devenue marquise de Fontenay, elle fréquente la noblesse libérale, se sépare d’un mari peu fidèle et rencontre à Bordeaux le tout-puissant conventionnel Tallien, dont la passion va bouleverser sa vie. Sauvée de l’échafaud par la chute de Robespierre, c’est « Notre Dame
de Thermidor », Madame Tallien, l’amie de Joséphine et de Barras. Elle épousera en troisièmes noces François Riquet de Caraman et sera jusqu’à sa mort, avec beaucoup de dignité, la Princesse de Chimay.

Avant son premier divorce, elle vécut un an avec ses beaux-parents. On peut penser qu’elle vint à Belleville avec eux et imaginer dans le parc cette jeune femme dont la beauté éclate jusque dans le signalement habituellement si impersonnel d’un passeport : « Taille 5 pieds, 6 pouces, visage blanc et joli, cheveux noirs, front bien fait, sourcils clairs, yeux bruns, nez bien fait, bouche petite, menton rond »

Elle a 20 ans alors. Le policier bordelais n’a pu rester insensible à ce joli visage…

LE ClTOYEN DEVIN

La Révolution qui a bouleversé si profondément la France, a changé peu de choses à Belleville. Le régime féodal aboli, les titres de noblesse supprimés, il n’y a plus de Seigneur de Belleville ; mais le « citoyen DEVIN » reste un châtelain, riche propriétaire terrien, qui ne manque pas une
occasion d’arrondir son domaine. Il achète, entre autres, la terre de la Cure : 2 arpents, 25 perches (environ un hectare), vendue comme Bien National en 1791 et c’est le Curé de Gometz la Ville, l’Abbé de MARRE, qui se porte acquéreur en son nom.

Comme beaucoup de nobles, il refuse l’émigration, s’incline devant les événements et ne manque pas d’affirmer son loyalisme envers la Nation et sa soumission aux lois.

La Convention ayant ordonné la destruction de tous les titres de féodalité, son fils Denis Juvénal remet à la Municipalité le 16 octobre 1793 « les reconnaissances des censitaires, aveux et dénombrements et généralement tous les titres concernant la féodalité lesquels titres nous avons brûlé à l’instant suivant le décret du 17 juillet dernier … »

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Quelques jours plus tard, une commission municipale vient mettre en état de réquisition les grilles du château. Bien accueillie par le citoyen DEVlN, elle note la grille à deux battants « qui sépare la cour de son fermier d’avec la cour de sa maison une autre à deux battants et donnant sur une avenue d’ormes servant et tenant lieu de porte d’entrée et aboutissant à sa cour et plusieurs autres posées sur des murs d’appui d’environ un pied et demi de hauteur et tenant lieu de murs de clôture... »

Et le citoyen DEVIN déclare « qu’il était loisible à la Nation d’en disposer et qu’il donnerait toujours l’exemple de la soumission aux lois » et la commission constate que les plaques de cheminée « au ci-devant écusson de la France » étaient retournées, conformément à un décret de la Convention.

C‘est peut-être ce qui explique la présence dans une cheminée du Château d’une belle plaque — et rare — représentant la capitulation de la Bastille et les deux vainqueurs, le grenadier ARNE et l’horloger HUMBERT qui furent les premiers à monter sur les tours.

BELLEVILLE : UN REFUGE

Ce loyalisme du citoyen DEVlN explique les bons rapports avec la Municipalité qui, d’ailleurs, ne se fait pas trop d’illusions car lorsque le greffier, Gervais PILON écrit qu’il agit « en Républicain », le mot est rayé et remplacé en marge par l’adjectif « satisfaisant ». La Municipalité avait le sens des nuances

Mais ces bons rapports qui existent entre l’ancien seigneur, toujours propriétaire de Belleville, et les paysans de Gometz vont faciliter son existence pendant la Terreur. Le séjour à Paris des « ex-nobles » étant interdit, la famille DEVIN s’installe au Château et y accueille parents et amis. La Municipalité vise les passeports, accorde des passer aux intéressés qui viennent même au début, pointer à la Maison Commune.

L’ACHEVEMENT DU CHATEAU

Mais avec la chute de Robespierre, le 9 thermidor, qui marque la fin de la Terreur, les « notables » retrouvent petit à petit, leurs prérogatives.

Denis Juvénal DEVlN, le fils aîné, est élu Sous-Lieutenant de la Garde Nationale de Gometz le Chatel et de Gometz la Ville. A la fin de l’Empire et sous la Restauration il sera Maire de la Commune. Bientôt, le citoyen DEVIN redevient Monsieur DEVlN DE BELLEVILLE ou « le Président DEVlN » — rappel de sa charge en la Chambre des Comptes avant la Révolution. ll partage son temps entre son bel hôtel de I’lle Saint Louis (l’hôtel Chenizot), Maligny dans l‘Yonne à côté de Chablis où il a acquis en 1791 un beau domaine, et sa terre de Belleville.

C’est au début de la Restauration que furent très certainement construites les deux ailes qui encadrent la cour d‘honneur. L’inventaire dressé à la suite de son décès, le 8 mai 1817, permet de le penser.

Fait en présence de Jacques, Germain SEBIRE, tonnelier, demeurant à la Folie et Denis PESCHEUX, cultivateur, demeurant à Belleville, il met en évidence l’agrandissement du Château depuis l’inventaire de 1789. Plus de 20 chambres sont recensées en dehors des salons, salle à manger, salle de billard et bibliothèque : une riche bibliothèque de plus de 1200 volumes

C’est une belle demeure qui revit à travers la froide estimation du notaire avec les meubles, tableaux, glaces, le linge, l’argenterie, la cave abondamment garnie de bourgognes blancs et rouges (sa terre de Maligny est dans le vignoble de Chablis), les bustes de marbre du parc et, dans l’orangerie, sept orangers.

L’inventaire des papiers n’est pas moins intéressant et note « la concession d’un banc dans le choeur de l’Eglise de Gometz » concession achetée à la Fabrique avant la Révolution et qui a survécu aux événements. Mais, plus important est le relevé des sommes importantes dues par le défunt à différents ouvriers : entrepreneurs, couvreur, paveur, marbrier, peintre et au Sieur FOUGEROUX, architecte.
En 1818, Madame de Belleville : Marie-Thérèse GALLOIS, remarque l’accroissement de valeur qu’ont pris les immeubles, à Belleville.

Le Château devait alors apparaître tel que nous le voyons aujourd’hui, avec la Cour d’honneur encadrée par le pavillon central du XVIIIe siècle et les deux ailes surmontées de balustres avec, côté parc, une façade moins heureuse qui trahit la difficulté éprouvée par l’architecte — sans
doute Jean-François FOUGEROUX — pour harmoniser trois constructions de styles différents.

DE NOUVEAUX PROPRIÉTAIRES

Mais ferme et château voisinent toujours et les fenêtres de la salle à manger ouvrent sur la cour de la ferme. C’est une situation qui va changer après la mort de Madame de BELLEVILLE. Son fils, Denis Juvénal préfère Maligny à Gometz ; cela lui a valu d’ailleurs de vifs reproches du Sous-Préfet de Rambouillet qui, en 1822 — il était maire alors — l’invitait « de tout son pouvoir… à se montrer le plus souvent possible dans sa commune ».

Sa mère décédée, il vend en 1833, au Comte Edouard de CHAMBRAY, « la terre de Belleville », composée du Château, de 45 ha de bois et de la ferme (environ 72 ha de terres et de prés) louée à Pierre Denis PESCHEUX. »

Dans le même temps, son frère, Monsieur DEVlN DE GRAVILLE, que la Restauration a fait « Pair de France », vend la ferme de La Vacheresse à Monsieur MAZURE de Beaudreville.

C’est Monsieur de Chambray qui fait construire en 1855 les nouveaux bâtiments de ferme – ceux que nous connaissons et qui, bien que dégradés, témoignent de l’architecture agricole au milieu du XlXe siècle.

Le château est alors dégagé, de nouveaux communs construits, le parc aménagé. La famille de CHAMBRAY va habiter Belleville pendant un demi-siècle et participer à la vie de la commune. Monsieur de CHAMBRAY siège au Conseil Municipal et en 1835, il est le parrain de la nouvelle cloche de Gometz la Ville.

Son fils RAOUL, qui hérite du domaine, négocie en 1883 avec Madame Juliette ADAM, propriétaire de l’Abbaye de Gif, un échange de terrains afin de rendre carrossable
le chemin qui, à travers bois, descend à la Gare de Gif — c’est la route de l’Abbaye, dont les lacets accentués surprennent ceux qui l’empruntent pour la première fois

LE MORCELLEMENT DU DOMAINE

La mort du Comte Raoul, en 1885, va marquer le début du morcellement du domaine. Son héritier garde la ferme et vend en 1888 le Château et les bois à un banquier espagnol, Yvo BOSCH, qui fait exécuter d’importantes réparations que rappellent les dates : 1643 (pourquoi ?) 1889.

Sa mort, au début de la guerre de 1914, provoque un nouveau morcellement. L’acquéreur, un entrepreneur qui a vendu séparément les bois, cède en 1919 le Château à Mademoiselle Léontine THOME d’une famille bien connue dans la région et dans le monde politique. Son frère, André Thome — le père de Madame Jacqueline Patenôtre, député de Seine
et Oise — est mort au champ d’honneur pendant la Grande Guerre.

Le Château va devenir alors une très originale Ecole Agricole et Ménagère.

Quant à la ferme, achetée pendant la guerre de 1914 par Monsieur de VILLEFRANCHE, elle est toujours exploitée par la famille PESCHEUX jusqu‘en 1937, lorsque Monsieur Marcel PESCHEUX quitte cette terre que les siens ont cultivée pendant près de deux siècles.

En 1968 elle devient la propriété d’une Société financière internationale et les programmes immobiliers de l’après-guerre vont très vite bouleverser un paysage qui, jusqu’alors, avait bien peu changé.

La S.C.I. du Parc de Belleville, en réalisant sur ce qui fut, en gros, le fief de Belleville le programme de Chevry 2, a effacé le terroir et dessiné une nouvelle ville. Les anciens chemins ont disparu ; mais de vieux noms ont retrouvé vie : les GOUSSONS, la Mare JODOlN, le fief
LAMBERT. La localisation est parfois audacieuse, mais l’intention est bonne.

Une communauté active s’est rassemblée, qui trouve dans le Château de Belleville un lieu de rencontres et d’activités.

A la suite de la mort de Mademoiselle THOME en 1947, il avait abrité pendant quelques années un centre de formation d’aides ménagères. La ville de Gif l’a racheté en 1976 et l’a fort bien restauré.

Hier propriété privée, il est aujourd’hui ouvert à tous et sert de cadre à des manifestations très appréciées comme le Salon Artisanal ou à des Expositions comme celle
sur 150 ans d’histoire de Gif.

Sujet d’étonnement pour beaucoup, le château, situé hors de la ZAC, fait toujours partie de Gometz la Ville, et c’est pour les habitants de Gometz une jolie promenade que d’aller à sa découverte à travers les champs et au hasard des chemins piétonniers de Chevry bordés de bien
jolis jardins.

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