Michel Houdière, une vraie vie de paysan au sortir de la guerre

Michel Houdière
Michel Houdière


D’après ce qu’on lui a rapporté, ses souvenirs ne remontant pas jusque-là, Michel est né en 1943 à la ferme, au dessus de la pièce où se déroule l’entretien.

Il neige depuis 24 heures, mais les routes sont suffisamment dégagées ; nous arrivons à la ferme de Michel Houdière à Gometz le Châtel. Elle se trouve derrière la grande ferme De Grivery – la ferme du château bien visible du carrefour. Des bâtiments assez anciens autour d’une grande cour rectangulaire.
C’est le chien qui nous accueille, heureux de notre visite, avant que son maître termine sa descente de l’étage où il se trouvait.
Nous sommes reçus dans la cuisine. Le feu ronfle dans la cuisinière à bois. Au dehors, sous l’averse de neige et à une cinquantaine de mètres, on aperçoit une bande de faisans.
Après de brèves présentations, nous entamons l’entretien.


Entretien avec Monsieur Michel Houdière réalisé le 23/01/2019 par Claire, Raymond Pescheux et Dominique Merlino pour Amigoville.

La Ferme

la ferme de Michel Houdière à Grivery
Avec les toits rouges, la ferme de Michel Houdière

La ferme est dans la famille Houdière depuis les années 1860 et les plus anciennes traces familiales dans la région remontent aux années 1600, dans les archives de Villeziers un acte notifie une succession en 1790. Le plan de 1809 montre trois bâtiments distincts qu’a connu l’arrière Grand Père de Michel né dans cette ferme.

La ferme a été rénovée en 1861 comme l’atteste une date gravée sur un des murs de la ferme.
L’adduction d’eau n’a eu lieu qu’en 1961. Auparavant, seule la mare servait à rincer le linge, le puits à la ferme de Grivery et le château d’eau (à l’emplacement de Petruzella) en période de sécheresse fournissaient l’eau. Grâce à une tonne à eau on abreuvait les animaux dans les prés, les chevaux et quelques vaches durant la guerre.

L’escalier couvert

C’est un escalier d’un modèle particulier à la région, enfermé dans une structure de bois. Les 2 ou 3 marches du bas sont amovibles, par sécurité.

La période de la guerre

« Mon père, mobilisé, avait été blessé d’un éclat d’obus à l’épaule (et soigné par les Allemands) fut de retour en 1940 »

L’exode

Monsieur Bouvrain a organisé un départ pour les gens du village qui voulaient fuir l’invasion allemande. La famille et les volontaires sont donc partis en exode avec les chevaux et une voiture chargée d’avoine. Ils ont mis 3 jours pour arriver à Etampes… et puis faire demi-tour quelques jours après avoir constaté que les Allemands… « allaient plus vite que nous ! »
Au retour, plus de poules !
Un voisin leur apprend qu’à l’insu de l’occupant, il avait planqué leurs carabines, dans l’avoine.

La vie à la campagne

La production au fil des ans

Michel se rappelle avoir connu un berger, des charretiers pour les deux attelées, des manœuvres et leurs femmes et des saisonniers de mars à novembre.
Ils étaient logés dans les dépendances de la ferme ou au village.

Les fraises

Malgré la présence de quelques vaches, pendant la guerre et de chevaux de trait, la production a été essentiellement maraîchère ; principalement haricots secs et fraises, puis tous légumes classiques.

Les Fraises ont été produites en grande quantité jusqu’en 1950 lorsque la concurrence a contraint les agriculteurs à abandonner la production pourtant si réputée sur les Halles de Paris. Des négociants recevaient la marchandise et fixaient le prix selon l’habileté du courtier.

Il reste les petits paniers à fraise…


Haricots verts et secs, choux-fleurs jusqu’en 2008, les choux de Bruxelles récoltés de septembre à février en 2 à 3 récoltes par pied donnaient aussi du travail de nettoyage et d’épluchage avant de partir sur les marchés.
Les choux-fleurs, une culture délicate de fin août à novembre. Semés, repiqués manuellement avant de disposer de planteuses. Leur arrivée permit de cultiver 60 000 choux fleurs par an ce qui n’empêchait pas qu’ils passaient tous dans les mains expertes.
« Y avait tout de même 6 rangs sur 400 m. »
Une production d’1,5 à 2 ha de pommes de terre pour une clientèle locale.

Les villes les plus proches étaient Orsay Limours et Villejust.
Une voie de chemin de fer passait dans la vallée et allait jusqu’à Limours.
C’était la ligne Paris – Chartres par Gallardon ouverte en 1930 :

Les bretonnes

Après avoir récolté les asperges en Sologne, de nombreuses saisonnières bretonnes travaillaient dans la région de mars à la Toussaint pour les fraises principalement.
Le dimanche, elles allaient à la messe à Monjay et se réunissaient ensuite pour danser la gavotte.
« Un certain nombre d’entre elles se sont mariées et ont fait souche dans la région ; par exemple :  mon oncle. »

Les tracteurs

« Mon père a acheté un tracteur à chenilles à la fin de la guerre ; après avoir mis 5 litres d’essence dans le réservoir, il quitte le garage… au milieu de la côte, panne d’essence. Ça suçait ! »
Ensuite il a eu un tracteur à 3 roues mais trop instable, il est abandonné.

« Avec les chevaux, à la nuit on s’arrêtait. Avec les tracteurs, on allumait les phares et la journée continuait. C’est le progrès ?! »

Le paysage agricole

La coopérative créée en 1936 ou 1938, a remplacé la Halle de Limours.
Le drainage n’a pas été systématique mais réalisé ponctuellement pour assainir les points bas. Mondétour était drainé.

Le cidre

« Le cidre fait avec les pommes et les poires locales n’était pas très bon. Il s’est amélioré lorsque nous avons acheté des pommes de Normandie »
Et Michel ajoute « quand les tonneaux étaient bien nettoyés, les résultats étaient bien supérieurs… »

Les années d’école

Michel a fréquenté l’école de St Jean de Beauregard jusqu’à 14 ans.
Il s’y rendait à pieds avec 3 ou 4 camarades dont des enfants du garde-chasse qui logeaient dans la ferme voisine de Grivery.
Un km quatre fois par jour par tous les temps ; surveillés de loin par les parents qui travaillaient dans les champs, sur la plaine.
Il aurait dû aller à l’école de Gometz le Châtel, au centre du vieux village mais celle de St Jean était beaucoup plus proche et avait besoin, à l’origine, d’élèves pour obtenir un poste d’instituteur .

Les métiers

« Peaux d’lapins, peaux !!! »

Le marchand de peaux de lapins qui achetait les peaux après en avoir vérifié la qualité. Il fallait les retourner et les empailler pour les garder saines.

Pour en savoir plus …

Un article sur les peaux de lapins.

Source : La France Pittoresque

Mr Gallet ; taupier à Gometz le Châtel ;

Il devait tendre ses peaux sur des cadres de noisetiers pour les maintenir à plat.
Seule la gare de Gometz la Ville existait pour y faire transiter les cargaisons grâce à son quai.

Le charbonnier

Le marchand de charbon venait d’Orsay. Il vidait le charbon sous l’escalier et empilait les sacs vides pour les compter et se faire payer.

Raoul, le cantonnier

Le ramassage des déchets était assuré pour la Ville de Bures par Raoul, la partie organique se décomposait sur les tas de fumier le reste des encombrants se vidait dans la fosse du bois des Grés.
Par contre les ferrailleurs récupéraient les vieilles ferrailles régulièrement.

Les gardes-chasse

Il y avait deux gars gardes-chasse à St Jean dont l’un était assermenté. Ils élevaient du gibier et surveillaient les lieux.

Les bouilleurs de cru

En 1918, plusieurs distilleries existaient dans les fermes sur le plateau de Courtaboeuf. La ferme de Villeziers exploitée par la famille Bouvrain a été reconstruite après un incendie. Un voyage d’étude en Europe Centrale, région plus avancée dans ce domaine à cette époque a permis la reconstruction plus moderne de l’installation.

Les fermes de Courtaboeuf (Edmond Dupré) du Grand Vivier (Jallerat) de Villeziers (Bouvrain) produisaient et distillaient des betteraves pour produire de l’alcool qui servait à la poudre à canon et aux cartouches lors de la guerre de 39-45. La pulpe des betteraves servait à nourrir les animaux car ces fermes possédaient en 1939 environ 60 vaches, 70 bœufs et 500 moutons.
La distillerie s’est arrêtée en 1954 sur décision de l’État, car on lavait désormais la poudre avec du pétrole. (extrait de l’histoire d’Orsay)

L’alcool des fruits, pommes et poires pour la consommation était distillé par le bouilleur de cru.

Le bouilleur de cru était à Villeziers.

Les loisirs

La chasse, la fête foraine, le bal à Orsay.
Puis la télé et le dimanche, les amis et les cartes.
Peu de sport car les journées étaient longues et harassantes, le soir, le sommeil était bienvenu. Pourtant les jeunes de l’époque ont tous pu apprendre à nager grâce à la « Piscine naturelle » située au bois des Grés.

Les commerçants, les artisans

A Orsay, plus chic et plus cher qu’à Limours où on trouvait plutôt des vêtements de travail.

Le coiffeur

Tardieu, coiffeur itinérant ; pas cher et qui travaillait bien pour toute la famille. Il a fini sa vie culbuté par une voiture alors qu’il ramenait deux gros pots de peinture, un dans chaque main, sur sa Mobylette.

Le maréchal ferrant

Le maréchal ferrant Joseph, de Janvry faisait aussi le charronnage.
« Quand il pleuvait, tout le monde lui apportait les chevaux à ferrer. Ça créait un embouteillage ! »

Cheval immobilisé dans un travail


Un autre maréchal dans la côte d’Orsay, à l’emplacement de la station service actuelle, avait un « travail » ( ou cage de contention ), un appareil qui soulevait les chevaux de terre ce qui calmait les récalcitrants, « ceux qu’étaient un peu emmerdants ».

Les cafés

A Janvry, il y avait 2 cafés, La Bonne Franquette et un autre avec une pompe à essence.
Un à la Folie Bessin avant le cimetière actuel de l’Orme à moineaux, chez Pascal à Gometz La Ville, et au St Nicolas à Gometz Le Châtel.
Il y avait les cafés officiels et parfois une buvette chez l’habitant.

Les commerces

Les Épiceries bien achalandées proposaient tous les produits nécessaires. A Gometz Le Châtel l’une était au cœur du vieux village, chez Hortense une autre en bas de la côte Chez Mr Lenain et une autre au milieu de la côte où la famille Poutrelle était installée.

Pendant une période, le poissonnier passait le lundi, le charcutier 2 fois par semaine il venait de Marcoussis et le boulanger 6 jours sur 7.
Le Familistère 1 fois la semaine, le boucher, le marchand de vêtements de la Ville du Bois également.
Michel a connu le père Cousseau qui tuait le cochon au maillet dans les fermes puis les Frères Cousseau ses fils étaient des charcutiers renommés dans toute la région.

Des liens indirects intéressants avec Gometz la Ville. Un témoignage sur la vraie vie de paysans au sortir de la guerre jusqu’à 2019.

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