Janine et André Guillot

Dédé Guillot
Dédé Guillot

Entretien réalisé en mars 2017 par Claire et Dominique pour Amigoville.

C’est André qui parle…

L’enfance au château de Vaugien

Je suis né à St Rémy en 1933, rue Dite, dans la propriété de Vaugien du temps du Grand Père De Wendel dans une ancienne papeterie qui produisait du papier avec des chiffons. Nous étions une famille de 5 enfants dont je suis l’avant dernier.

Toute notre vie s’organisait à St Rémy, autour de l’église, l’école et les commerces, l’épicerie Lucien Pascal.

Cette bâtisse était inondable ce qui nous obligeait à déménager 3 fois par an pour nous abriter dans le moulin de l’Yvette. Il y avait là un canal qui alimentait le moulin.

Les bâtiments du moulin et de la papeterie existent toujours sur la commune de St Rémy, les terres du château s’étendaient jusqu’à la gare de Courcelles.

Avant la vente des communs pour des appartements de standing le Chemin de la Glacière allait de St Rémy au lycée actuel de Courcelles.

La chapelle, à restaurer, faisait partie du château, aujourd’hui elle n’est ouverte qu’à de rares occasions.

A l’emplacement du collège de Gif ou de St Rémy, j’ai connu le hangar du Père Rémi et sa ferme à l’endroit du lycée.

Château de Vaugien
Château de Vaugien

Mes parents étaient employés aux communs, mon père préparait le bois pour chauffer le château et la propriété de famille à Paris.
Le potager couvrait 1 Ha et était entretenu par 3 jardiniers à plein temps, aidés de saisonniers.

La production pouvait nourrir les gens de Vaugien ainsi que la famille de Paris. Une fois par semaine un chauffeur venait en voiture chercher les légumes.

Avant l’hiver il fallait préparer un wagon de « bourrés » de petits bois pour la propriété de Lorraine à Hayange. Le wagon partait directement de la gare de St Rémy à celle de Hayange.

Les jardiniers étaient aussi chargés de fleurir la propriété, je me souviens des massifs colorés et surtout du parterre de l’entrée en forme d’étoile que les jardiniers étaient fiers de composer en produisant leurs plants eux-mêmes.

Une première rénovation du château a eu lieu vers 1864. Depuis cette époque la famille a habité la propriété. Le petit fils de la Comtesse de La Roche Foucault, Madame Margot De Mitry en est actuellement la propriétaire.

Le château de Vaugien se visite toujours, avec les terres de Ragonant.
La propriété s’étendait sur les communes de Gometz La Ville – Les Molières – St Rémy et Courcelles.

Il y avait une ambiance familiale dans un contexte de travail mais aussi de bonne entente.

Mon père est mort quand j’avais 18 ans, le 9 septembre 1951.
« A partir de ce jour, je suis allé voir le régisseur Mr Olivier Sillon pour demander du travail ».

Il m’a envoyé à la ferme de Ragonant où je suis resté jusqu’en 1982.

La ferme de Ragonant

Je participais aux travaux de la ferme, je devais, par exemple, aller chercher de l’eau pour les bêtes avec un tonneau tiré par un cheval, au puits de la Vacheresse. Il était équipé d’une pompe qui a servi jusqu’en 1950.
Pour remplir 1 000 l il fallait attendre une heure. J’en profitais pour lire des livres que Madame Lacheny La grand-mère Germaine (arrière-grand-mère Cineau dont le mari était berger) Grand-mère de Léon Lacheny conservait ses livres dans un grand coffre.

Une année de sècheresse je devais faire 6 aller-retour dans la journée pour abreuver les 140 bœufs de la ferme, avec les mares que je remplissais continuellement.

Il y avait un bistrot à La Vacheresse « chez Nana ». Il m’est arrivé de coincer … Mr Sillon a envoyé … pour me dépanner.

La ferme était une cour fermée où il y avait une bergerie, une écurie flanquée du pressoir, des granges et des greniers pour stocker la paille et le foin. Le bâtiment le plus exceptionnel était la grange construite en lamellé boulonné d’une portée de …. Pour éviter les piliers au centre et faciliter la circulation.

Tous les bœufs de la ferme partaient chez le Père Foulon, boucher aux Molières.

Seules 4/5 vaches que trayait Germaine Lefresque produisaient le lait pour la consommation de lait et fromages pour la ferme. Armand Lefresque son mari était vacher.

Les bœufs étaient en liberté dans les prés l’été et rentraient l’hiver en stabulation où ils étaient nourris de foin.

Il y avait sept chevaux pour les travaux agricoles, des percherons entiers, des boulonnais castrés qui arrivaient aveugles des mines après la guerre, et qui avaient besoin de quelque temps pour se réadapter à la lumière.

Ils aidaient aux travaux des champs en été et actionnaient le coupe-racines, le pressoir, la batteuse en hiver et assuraient le débardage des grumes.

Durant la guerre, Mr Laudren vacher à la ferme de Vaugien était parti sous les drapeaux, mais à son retour le Régisseur, Mr Sillon l’a embauché à Ragonant comme chef de culture. Sa femme « la Patronne » faisait la cuisine et organisait le bon fonctionnement de la ferme.

Notre histoire

Jeanine est venue à l’âge de 18 ans, avec sa sœur, de la Marne en 1952 pour trouver du travail.

Nous nous sommes mariés en 1954, et avons obtenu après notre mariage, une pièce dans les communs, avec un plancher ; mais il y avait tant de rats que nous avons dû déménager chez le garde forestier pendant la dératisation.

Nous avons ensuite habité La Noue où il y avait une cuisinière à bois mais pas d’évier. C’était très humide, il n’y avait pas l’eau courante mais un puits où la présence de salamandres nous garantissait la qualité de l’eau. Nous partagions cette longère avec des Polonais.

Ensuite nous avons emménagé dans un des pavillons construits par la famille De Wendel pour ses employés.

Au départ de Mr Armand en 1982 il n’y a plus eu d’élevage : cela correspondait à la fermeture des abattoirs de Versailles. Il était plus compliqué d’emmener les animaux en camion « aux normes »… plus loin…

Depuis lors, la ferme a surtout produit des céréales et des pommes de terre. Il a fallu organiser les circuits de livraison « de porte à porte » dans les villes aux alentours. Et les travaux d’hiver sont devenus essentiellement de l’exploitation forestière dans les bois du petit Ragonant, du grand Ragonant et dans ceux de Vaugondran : trois mois en forêt avec des chevaux équipés de traineaux et qui obéissaient au sifflet pour débarder les billes dans des pentes vertigineuses.

La mort du Père Cineau

Le Père Cineau était le berger de La Vacheresse

C’est le facteur Bernard Amiot qui s’est aperçu d’une anomalie… il avait l’habitude de monter la côte de Gometz Le Châtel depuis la poste près de l’église et faisait sa tournée sur le plateau à vélo. En passant près de la Vacheresse il a remarqué que le berger n’était pas là et que les chiens avaient rassemblé les moutons en cercle et tournaient autour du troupeau. Il voulait essayer de comprendre ce qui se passait, mais impossible d’approcher ! Il est allé prévenir Marcel son fils mais les chiens les ont empêchés d’avancer, seul Léon son petit-fils les a calmés et a réussi à ramener le corps de son grand père inanimé à la maison.

La chasse à Ragonant :

La chasse était un événement essentiellement familial. Il y avait des invités : je me souviens de Mr Geoffroy de Montalembert (sénateur de Normandie) Père de Margot, Mr Le Baron Reille de Janvry.

Un casse-croute était organisé par le Père Rome et les gardes chasse Touny et Lemoal.
Hors période de chasse ils étaient « gardes souches » : ils marquaient les coupes de bois et organisaient l’abattage des grumes.

En période de chasse, il leur arrivait de surveiller le territoire de nuit pour éviter le braconnage.

Huit jours avant l’ouverture tous les volontaires dormaient à la belle étoile, parfois le garde de Choisel venait à moto la nuit pour étendre la surveillance.

Nous étions ensuite réquisitionnés comme rabatteurs portant blouses blanches et drapeaux !

Les chasseurs se postaient en ligne et attendaient le gibier.

Mes souvenirs particuliers :

J’ai connu les tracteurs qui roulaient à 10 à l’heure à roues de fer !!!

Je me souviens aussi de la dernière locomotive à vapeur de St Rémy sur la ligne de Limours, vers 1938.

A partir de cette date la ligne qui montait à Limours s’est arrêtée. Entre Montabé et Pecqueuse, le train était à crémaillère. Il était si lent, qu’on avait le temps de descendre du train, de cueillir des pommes le long de la ligne et de remonter. Depuis l’interruption de ce moyen de transport des sociétés de cars se sont organisées.

Depuis, le métro électrique « Ligne de Sceaux » a abandonné la desserte du plateau. Il avait à l’époque des rames bleues.

Il y avait un métro toutes les 2/3 h. Inutile de vous dire que les trains étaient déjà bondés !

Dans les wagons des années 60, un panneau indiquait « Il est interdit de cracher sur le parquet des voitures ».

A Limours, il y avait la ligne Paris-Chartres (Massy-Gallardon-Chartres) qui a servi au projet de l’aérotrain Jean Bertin et la ligne Limours-Paris (aujourd’hui RER B).

Les bombardements de 39/40 qui ont détruit le pont ferroviaire de Limours ont définitivement rayé cette ville des cartes ferroviaires.

Ces trains transportaient des voyageurs mais aussi des marchandises : wagons de bourrés, paille, foin que leur livraient les fermes de Belleville, Ragonant, La Feuillarde, Armenon, La Boullay et Blanzay par chariots entiers pour le marché de Vaugirard.

Il y avait un tel trafic que chacun avait le droit de ramasser le crottin sur la route, pour amender les cultures de choux ou son jardin.

Vie pratique :

A l’époque, la poste, le médecin, le pharmacien, l’épicerie les plus proches étaient à St Rémy. En semaine, il fallait descendre à pied à travers le bois de Ragonant et remonter la côte avec les enfants en poussette et les courses.

Quant à « l’infirmier » de fonction, c’était le Père Dieu qui habitait la Vacheresse qui se chargeait de faire les piqûres.

Les Hameaux :

A Mauregard, Madame Laurent, la Mère de Raymonde Bastide (veuve de guerre de 14) et Mr Jaffreleau cultivaient de grands terrains en maraîchage.

L’ancien propriétaire de la Ferme Galmard, Mr Garouste cultivait aussi la ferme de La Noue avant de la céder à la famille De Wendel. Il avait une grande grange à Mauregard.

A La Folie, c’est la famille Claerhout qui est arrivée après la guerre. Le Père Rémi venait de Belgique, il a installé sa ferme avec son troupeau de laitières. Il a été le premier à posséder une moissonneuse automotrice Massey Ferguson. C’était un travailleur courageux et un homme droit sans histoire.

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